INTER CENTRES LGBT

PV8R

ANNEXE N°A4 (1/3)

>Agenda 8R<


Position incidente... sur le "communautarisme" LGBT
"Considérations..." de la Congrégation pour la doctrine de la foi
Neuf réactions aux "Considérations..."


POSITION INCIDENTE DE DAVID AUERBACH,
SECRÉTAIRE DU CGL PARIS (MEMBRE TITULAIRE
DE L'ALLIANCE DES CENTRES LGBT DE FRANCE),
LE 22 AOÛT 2003 À 4H35 SUR LE "COMMUNAUTARISME" LGBT

(§CRA-41/45|§CRI-43)

[Version intégrale]

Avertissement : La présente position a été rédigée en vue d'être lue en introduction d'un débat sur le communautarisme au cours des Journées d'été des Verts, le vendredi 22 août 2003 de 14h30 à 17h00, à Marseille (campus universitaire de Luminy). Extrait de "Les Verts - Programme des Journées d'été - Marseille 2003 - Sortir du nucléaire en 20 ans, c'est possible", page 8 :
"Laïcité, communautés et République - Débat animé par Yves Contassot, adjoint Les Verts au maire de Paris - Avec Clémentine Autain, adjointe apparentée PCF au maire de Paris, Yonathan Arfi, président de l'UEJF, Claude Chantereaux, co-président du CGL Paris, Mouloud Aounit, secrétaire général du MRAP et Marie-Christine Blandin, sénatrice Les Verts du Nord, ancienne présidente Les Verts du conseil régional du Nord-Pas-de-Calais - Communautés : besoin de repères ou repli sur soi ? Communautés, oui, mais pas seulement religieuse. République, égalité, et diversité. Laïcité, respect des opinions et respect de la république".
>Version courte


§A0- RÉSUMÉ- La notion de "communauté" est tabou en France depuis la Révolution française de 1789. En effet, elle s'oppose à la notion de "République une et indivisible" dont chaque citoyen-ne est supposé-e être directement membre, sans passer par aucun "corps intermédiaire" qui le ou la détournerait de "l'intérêt général". Mais, sous l'influence des luttes de la "gay community" aux Etats-unis d'Amérique depuis les années 70, le terme de communauté a été réintroduit en France par des militant-e-s LGBT inconscient-e-s de procéder à une transplantation hasardeuse. Le terme de "communautarisme" a été inventé pour disqualifier leur lutte et pour camoufler le nouveau visage de l'homophobie. Ainsi, le prétexte du refus du "communautarisme" est avancé pour refuser des avancées sociales ou législatives, alors que les assassinats homophobes se multiplient sans pouvoir être réprimés comme tels. >VC

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,

§A1- Permettez-moi tout d'abord de vous remercier pour votre hospitalité. Permettez-moi ensuite de remercier Yves Contassot pour avoir invité le Centre gai & lesbien de Paris à s'exprimer devant vous aujourd'hui, lors de votre Université d'été, sur la question d'un communautarisme LGBT (c'est-à-dire lesbien, gai, bi et trans), dans le cadre de votre forum sur les rapports entre "communautés, république et laïcité". Les Co-Présidents du Centre gai & lesbien de Paris, Dominique Boren et Claude Chantereaux, ont été retenus en ce jour de semaine et m'ont chargé de vous adresser leurs respectueuses salutations. J'ai l'honneur d'être Secrétaire du Centre gai & lesbien de Paris et c'est à ce titre que je les représenterai. Je crois également utile de préciser ici que le Centre gai & lesbien de Paris est Membre titulaire de l'INTER CENTRES LGBT, Alliance des Centres LGBT de France et de leurs Membres associés qui représentent plus de 1.800 adhérent-e-s et plus de 75 associations-membres sur l'ensemble de l'Hexagone. J'ai l'honneur d'être membre de la Commission de coordination de cette "fédération nationale des CGL". >VC

*

§A2- Nous allons donc nous interroger ensemble sur la question d'un "communautarisme LGBT". Avant cela, il me paraît nécessaire de nous interroger sur la notion même de "communautarisme" -à la lumière, bien évidemment, de la thématique LGBT. Le terme de "communautarisme" n'est présent ni dans le Petit Robert (édition de 1996), ni dans le Petit Larousse (édition de 1989). Ce n'est donc pas un terme français, ce qui peut s'avérer dangereux dans la mesure où il est aisé de faire dire tout et n'importe quoi à un vocable nouveau qui n'a pas eu le temps d'être appréhendé, d'être jaugé puis finalement d'être assimilé par une langue -donc par la culture qui la porte. A proprement parler, le terme de "communautarisme" n'a donc pas de "sens" dans la langue française puisque celle-ci n'a pas eu le temps de lui en trouver un. La notion éponyme a-t-elle d'ailleurs elle-même un sens dans la culture française ? Il nous sera ici permis d'en douter. >VC

§A3- En revanche, le Petit Robert connaît bien le terme de "communauté" puisqu'il situe son apparition dans notre langue dès 1283 : "groupe social dont les membres vivent ensemble, ou ont des biens, des intérêts communs". Il cite comme synonymes les termes de "collectivité", de "corps" ou encore de "société". Le même Petit Robert connaît le terme, déjà plus proche phonétiquement de celui qui nous intéresse, de "communautaire" ("qui a rapport à la communauté") : nous franchissons là les siècles puisque ce terme n'apparaît qu'en 1842. >VC

 
 

Bruno BARON, Co-Président de Quazar (CGL Angers),
Clémentine AUTAIN et David AUERBACH
© 2003, David Auerbach / CGL Paris

§A4- Que se passe-t-il entre cette "communauté" ancrée dans la tradition française depuis des siècles, ce "communautaire" émergé sur le tard et ce "communautarisme" qui nous arrive comme cela tout de go aujourd'hui ? S'agit-il seulement de permettre à Monsieur Alain Minc de pérorer en société et de courir les plateaux de télévision en s'en prenant à tout ce qui est un peu trop féministe, juif, franc-maçon ou homosexuel à son goût ? Livrons-nous -si vous le voulez bien- à un rapide historique : la notion de communauté n'est pas pour rien si ancienne dans notre langue puisqu'elle est un élément de base de l'Ancien Régime, régime de "corps", régime de solidarités scrupuleusement régulées et hiérarchisées par un système d'allégeances pyramidales admises de tou-te-s. On est noble, on est tisserand, on est de telle famille ou de telle province avant que d'être. C'est à peine si l'on est, d'ailleurs. Advient la Révolution de 1789 : foin de l'Ancien Régime, foin des "corps" dévalorisés avec le vocable de "corporatisme", foin de toute règle définissant les membres de nos "communautés". Place à l'individu, place au citoyen, à la citoyenne, doté-e de sa raison souveraine et soumis-e désormais à la seule loi de la seule "communauté" qui vaille : la Nation. Toute notion de solidarité horizontale se doit de disparaître à son profit et honni soit "l'intérêt particulier". On sait ce qu'il en a été : les solidarités officieuses fondées sur la richesse ont pris la place des anciennes solidarités officielles, la notion de classe est apparue. Mais la doctrine officielle restait, symbole de la pureté conservée des idéaux de 1789, et le mot de "communauté" était devenu imprononçable (à quelques exceptions légales près, derniers bastions peut-être d'un certain conservatisme : la communauté religieuse ou la communauté universitaire). >VC

§A5- A peu près à la même époque, son équivalent anglais, "community", voyageait de par les océans avec les émigrant-e-s anglo-saxon-ne-s s'en allant peupler les Etats-unis d'Amérique. Et alors que le mot français était voué aux gémonies avec la ci-devant notion éponyme pour cause de contre-révolutionnarisme aggravé, la notion et le mot anglais devenaient pierres angulaires de la société puis de la Révolution étatsuniennes ! La "community", cellule de base de la société pré-étatsunienne, fut tout naturellement la cellule de base de la résistance à la Couronne britannique. (A l'inverse, la "communauté" française, pas forcément si éloignée pourtant, était on l'a vu l'un des piliers du régime à abattre.) La "community" a donc survécu outre-Atlantique. Cette "community" est d'abord une "community" religieuse qu'il faut protéger contre les papistes ou contre les autres "communities" protestantes. Elle est ensuite une "community" locale : il faut défendre les intérêts de sa ville face au monde hostile l'environnant, les intérêts de son Etat fédéré face à l'Etat fédéral... Cette notion de protection contre un environnement forcément hostile, ou tout au moins potentiellement nuisible, est me semble-t-il restée prédominante. On se rassemble "contre" alors que la "communauté" française d'Ancien Régime se rassemblait peut-être plus "pour"... mais il s'agit là d'une analyse personnelle. On se rassemble "contre", donc on demande des droits spécifiques : les droits de sa "community". >VC

§A6- Les choses voguèrent ainsi tranquillement (nous n'en sommes pas encore à Monsieur Alain Minc) jusqu'au mouvement d'émancipation des Noirs étatsuniens dans les années 1960 et 70. La lutte de la "community" noire pour l'obtention des droits civiques, les programmes "d'affirmative action" (de "discrimination positive") ont dans le contexte étatsunien sauvé la dignité et la vie même de milliers de jeunes Africains-Etatsuniens qui sans eux n'auraient par exemple jamais pu entrer à l'université. On a décrié, les conservateurs ont décrié, ces programmes en oubliant un peu facilement que des programmes similaires avaient permis à des milliers de "vétérans" de se réinsérer dans la société étatsunienne après la Seconde Guerre mondiale qui les avait empêché de suivre un cursus normal. Les Africains-Etatsuniens ne sont-ils pas les victimes d'une guerre, certes plus sournoise et plus discrète, mais d'une guerre tout de même ? J'aurais pu citer les combats menés par les "communities" irlandaise ou hispanique, les combats ouvriers étatsuniens injustement méconnus. Mais je cite la "community" noire parce que sa lutte est selon moi la mère de toutes les luttes en matière de droits civiques, encore aujourd'hui. Et c'est influencée par cette lutte que la "community" gay étatsunienne, nous y venons, entama la sienne dans les années 70. Lutte méritoire, lutte noble qui, bouclant la boucle, réexporta en France avec elle la notion et le terme de "communauté" simplement traduits de l'anglais au français -sans que l'on prenne garde que cette traduction était devenue il y a 200 ans de cela, comme le dit le proverbe italien, une trahison. >VC

*

§A7- Je n'évoquerai pas ici plus avant les luttes gay, puis gaie et lesbienne, puis LGBT auxquelles le Centre gai & lesbien de Paris participe aujourd'hui. Je dirai simplement que les homophobes de tout poil ont fait leur miel de cet usage du terme de "communauté" que les militant-e-s LGBT reprenaient la fleur au fusil ! Qu'il a été facile à ô combien de gloseurs à la Louis Pauwels, à la Alain Minc, le voilà, de crier au loup "communautariste" alors que ces militant-e-s reprenaient au mot le mot les luttes étatsuniennes. On voulait rétablir le "Roué" ! On allait tuer la République ! Miner insidieusement ses fondements ! Nuire à la France éternelle ! Que sais-je encore... En un mot, un complot cosmopolite -et probablement judéo-maçonnique- était à l'œuvre. Il est piquant d'observer que ces discours émanent pour partie de la droite historiquement la plus hostile aux valeurs républicaines. Pour partie seulement : la regrettable Irène Théry, semble-t-il de gauche, a par exemple repris sans broncher ces arguments ineptes au moment de la querelle du PaCS. Le plus amusant est de constater la contradiction absolue de ce propos, qui entérine, au nom de la sacro-sainte République universaliste, l'existence d'une catégorie à part de citoyen-ne-s à qui l'on dénie des pans entiers de droits pour mieux consacrer la catégorie reine du citoyen universel doté de tous les droits ! Ces fervents dénonciateurs du "communautarisme" toussent bien souvent à d'autres "-ismes" : ils dénoncent avec le même entrain "l'écologisme" ou le "droitdelhommisme" aujourd'hui comme ils dénoncaient hier le "communisme" ou le "socialisme". Une seule catégorie de personnes LGBT leur convient : la folle honteuse de droite, ou de gauche mais alors artiste, qui ne revendique rien, se confesse à chaque rêve mouillé et se suicide à 50 ans au milieu de ses chats en reçevant la lettre de chantage du petit giton payé 100 balles la veille. Le pédé de rêve de ces vertueux héraults de la République laïque et universelle est ce député pédé de droite d'une grande ville de Touraine qui défile contre le PaCS en hurlant "les pédés au bûcher !" >VC

§A8- Purement et simplement, il nous faut constater que ce discours creux n'a qu'un seul contenu : au mieux, une méconnaissance crasse de la situation sociale et juridique des personnes LGBT, au pire, une bonne vieille homophobie des villages magiquement recyclée sous forme d'anti-communautarisme ! Voilà donc selon moi la vocation de ce terme nouveau : permettre de recycler sous un jour souriant, "moderne" puisqu'il faut l'être, une stigmatisation sans âge. Permettre de dénigrer sans motif autre que la haine, permettre de désigner pour mieux trier les impur-e-s comme le nazi d'Auschwitz triait les arrivant-e-s sur le quai, et c'est un Juif qui vous parle, comme le planteur de Virginie triait les arrivant-e-s sur le quai (décidément), et c'est un Nègre qui vous parle. >VC

*

§A9- Le problème est que face à la haine homophobe, certaines personnes LGBT aimeraient bien pouvoir se réfugier dans une communauté fermée et protégée qu'elles appellent alors de leur vœux, inconscientes qu'elles sont qu'elles ne font jamais ainsi que demander la construction d'un ghetto -et tous les ghettos du monde sont faits pour être un jour brûlés (si possible avec leurs habitant-e-s). C'est ainsi que certaines voix, isolées mais nuisibles, demandèrent que le PaCS soit réservé aux couples de même sexe. C'est ainsi que certaines personnes LGBT se précipitent le dimanche dans le "Marais", dans ce "ghetto pédé"... que les anti-communautaristes ont beau jeu de mettre en avant. Eternel dossier biennal du Nouvel Obs sur le Marais ! Le Marais, ce paradis merveilleux où nos amis les homosexuels peuvent se reproduire en toute liberté ! Mais soyons sérieux une minute ! Comme le dit si bien Stéphane Aurousseau, Président du CGL de Metz, "le Marais c'est deux rues qui se croisent !" Un certain milieu commercial aimerait bien qu'un réflexe "communautariste" LGBT vienne gonfler son chiffre d'affaires. Régulièrement, ce doux rêve est déçu... S'il y a avait un "communautarisme" LGBT, allons plus loin : s'il y avait une communauté LGBT en France, la presse LGBT vivrait sur les trois millions de personnes LGBT et serait florissante. Or qu'observe-t-on : le seul organe payant de presse écrite LGBT, Têtu, ne survit actuellement que sous perfusion ! La seule antenne radio LGBT, Radio FG, a trouvé un merveilleux équilibre financier en gommant tout ce qu'il y avait de LGBT dans son identité ! La seule chaîne de télévision LGBT qui existera peut-être demain, Pink TV, ne peut monter son projet de façon viable que parce qu'elle a reçu autorisation de diffuser des pornos ! Vous parlez d'un "communautarisme" ! Sur le million ou quelque de personnes LGBT qui habitent en Île-de-France, moins de 200 sont adhérent-e-s au Centre gai & lesbien de Paris ! Menace terrible pour la République une et indivisible ! >VC

 
Happening_Couleurs_Gaies
 


Happening de Couleurs Gaies,
CGL de Metz

- 30 août 2003
-
© 2003, Couleurs Gaies

§A10- Je disais tout à l'heure que les principales communautés à avoir survécu de droit en tant que telles sont les communautés religieuses. En cinquante ans de présence musulmane massive en France, la communauté musulmane n'a jamais posé problème. L'indifférence et le mépris du personnel politique qui a casé des populations dans des clapiers à lapins éloignés des centres-villes et des services publics, qui les a abandonnées à une paupérisation urbaine et sociale, a en revanche créé de toutes pièces des problèmes... Le "communautarisme" catholique ultra-montain, peut-être, en revanche, existe : le Centre gai & lesbien de Paris a ainsi lu avec intérêt les Considérations à propos des projets de reconnaissance juridique des unions entre personnes homosexuelles publiées le 31 juillet dernier par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, instance vaticane, et qui appellent tranquillement au sabotage des institutions de la République contraires aux vues du Saint-Père, à commencer par le PaCS. Je cite : "Lorsqu'on est confronté à la reconnaissance juridique des unions homosexuelles... il faut s'abstenir de toute forme de coopération formelle... à l'application de lois si gravement injustes". Ce communautarisme-là, qui appelle très explicitement à saper la légalité républicaine au nom des convictions de quelques-un-e-s, nous paraît bien réel -lui. Il est une menace pour la République, la République que nous aimons, la République laïque, la République des Droits de la Personne qui a proclamé en l'article 1er du plus fondamental de ses textes que "les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits" ! >VC

§A11- En un mot, les Centres LGBT de France estiment que le débat sur le supposé "communautarisme" LGBT est un faux débat. Les Centres LGBT de France reçoivent, écoutent, soutiennent et orientent quotidiennement des individus LGBT qui sont des citoyen-ne-s français-es ou des invité-e-s de la République. Les Centres LGBT de France défendent les intérêts des populations LGBT au sein de la communauté française. Les Centres LGBT de France appartiennent au tissu associatif LGBT qui est un pan du tissu associatif français. Les Centres LGBT de France mènent des actions communes avec le tissu économique LGBT qui est un pan du tissu économique français. Nos militant-e-s sont des personnes LGBT qui ne sont jamais, n'en déplaisent à d'aucun-e-s, que des personnes humaines... Voilà quelles sont nos réalités... Tout le reste n'est que discours et n'a d'autre visée que de nier les difficultés sociales et juridiques de nos mandant-e-s et d'occulter les violences qu'ils et elles subissent chaque jour. Le 1er mai 1995 à Paris, sous le pont du Carrousel, l'homophobie et le racisme ont tué Brahim Bouraam, jeté du haut d'un quai, encore, par des sympathisants FN ; le 13 septembre 2002 à Reims, l'homophobie a tué François Chenu, jeté à l'eau, toujours, par des sympathisants MNR ; le 1er août dernier à Nancy, elle a tué Jean-Pierre Humblot, jeté à l'eau -encore et toujours. Au bout de combien de morts le personnel politique de ce pays envisagera-t-il de parler un peu moins de "communautarisme" et un peu plus d'homophobie ? >VC

§A12- Des engagements ont été pris par le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin qui a, le 18 juillet dernier, lors d'une rencontre avec l'Interassociative LGBT de Paris et Île-de-France, promis une loi contre l'homophobie. Le CGL Paris en a pris acte. Il reste vigilant.

Je vous remercie. >VC



NOTES PRISES PAR DAVID AUERBACH
AU COURS DU DÉBAT "LAÏCITÉ, COMMUNAUTÉS ET RÉPUBLIQUE"
LE 22 AOÛT 2003 LORS DES JOURNÉES D'ÉTÉ DES VERTS


§B0- RÉSUMÉ- Le débat sur le communautarisme semble pris dans une contradiction redoutable. Pour certains, il recouvre un fait de société réel : un certain épuisement des discours sur l'intégration, une certaine perte de repère au sein de populations mises à la marge de la société (problème du port du foulard). Des intervenant-e-s estiment même qu'un certain communautarisme peut être constitutif. Mais, pour d'autres, il apparaît comme factice et nocif : factice, parce qu'il aggrège de pseudo communautés dont l'homogénéité reste à démontrer ; nocif, parce qu'il attise sous couvert de les dénoncer les discours tenus par des minorités extrémistes.


Marie-Christine BLANDIN, Yves CONTASSOT, Clémentine AUTAIN,
David AUERBACH et Mouloud AOUNIT

© 2003, David Auerbach / CGL Paris

§B1- Yves Contassot (adjoint Les Verts au maire de Paris) ouvre le débat. Le multiculturalisme est-il déclassé par le communautarisme, valeur montante ? Sommes-nous en temps de perte de repère ? Comment articuler les divers besoins identitaires avec les valeurs républicaines ? La notion d'intégration a-t-elle toujours une pertinence ? Le port du foulard est évoqué : le respect de la loi et de la laïcité peut-il conduire à la stigmatisation ?

§B2- Marie-Christine Blandin (sénatrice Les Verts du Nord, ancienne présidente Les Verts du conseil régional Nord-Pas-de-Calais) estime que le débat sur le communautarisme, exacerbé par la question du foulard, va prochainement monter en puissance au risque de mettre en danger le "vivre ensemble en République". L'école de la République est mise en danger par la réduction des crédits et des impôts. Elle met en garde contre l'alliance objective entre certains francs-maçons socialistes (Charasse, Bataille) et certains catholiques (Boutin) qui mêlent laïcité et anti-islamisme. Elle évoque notamment un débat auquel elle a participé et d'où il ressortait que les barbus chrétiens ("nous") respectaient la laïcité alors que les barbus musulmans ("eux") la violaient.

§B3- Yonathan Arfi (président de l'Union des étudiants juifs de France) estime que chaque Juif peut expérimenter les vertus protectrices de la laïcité, gage de liberté, principe républicain d'échange et de mélange. Le communautarisme ne tient pas tant dans ceux qui se regroupent que dans l'objet de leur regroupement : se regrouper autour de sa foi n'est pas du communautarisme ; faire de sa foi un choix politique est du communautarisme. Certains Corses ne pratiquent-ils pas le communautarisme avec un certain succès ? Comment demander aux communautés d'être républicaines si l'Etat est communautariste ? Il faut préserver l'école comme lieu sans foulard ni kippa où l'enfant entend autre chose qu'à la maison.

§B4- David Auerbach (secrétaire du Centre lesbien, gai, bi & trans de Paris et Île-de-France, membre de la Commission de coordination de l'Inter Centres LGBT) estime en substance que le débat sur le communautarisme est un "piège à con" destiné à permettre au personnel politique de réfuter à l'avance toute revendication sociale en masquant sa plus totale méconnaissance des dossiers (cf. position incidente ci-dessus).

§B5- Mouloud Aounit (secrétaire général du Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples) évoque le modèle belge ou néerlandais d'un "communautarisme intégré". Il estime qu'en France le débat sur le communautarisme est piégé, démesuré, instrumentalisé. Parle-t-on du "communautarisme" des associations de cafetiers auvergnats ? Se retrouver entre étrangers d'une même provenance a toujours été, historiquement, un sas pour l'intégration. Pour autant, "la" communauté musulmane en France est bien trop hétérogène pour pouvoir être ainsi appréhendée en bloc : quel est le point commun entre des Marocains, des Algériens, des Tunisiens etc. dont tous sont par ailleurs loin d'être pratiquants ? Enfermer ces gens dans un tel critère relève d'une logique de ségrégation, de stigmatisation. Pire encore, on légitime ce faisant de l'extérieur des minorités dans la minorité alors qu'elles y restaient marginales (cf. la réception des autorités religieuses musulmanes par les autorités de l'Etat lors de la guerre du Golfe). Par ailleurs, parler d'intégrer des populations françaises depuis maintenant trois voire quatre générations n'est-il pas une forme de racisme ? Il faut enterrer la notion d'assimilation au profit de celle de respect des pluralités.

§B6- Clémentine Autain (adjointe apparentée communiste au maire de Paris) estime que si l'inverse de l'égalité est l'inégalité, l'inverse de la différence est l'identité. Elle évoque les contradictions d'un discours sur l'universalité tenu par une classe politique uniformément composée d'hommes blancs quinquagénaires. Elle rappelle les dangers de l'essentialisme. Elle rappelle le débat sur le paritarisme, les femmes n'étant pas considérées comme une catégorie comme les autres mais comme une catégorie transcendant toutes les catégories. Elle refuse l'expression de "discrimination positive" et préfère parler "d'action positive" comme moyen de garantir un accès universel aux responsabilités. Le communautarisme développé par des mouvements comme le MLF est un repli qui peut correspondre à un besoin de se retrouver pour se reconstruire ou pour construire une identité positive et pour ensuite apporter quelque chose à tous. Elle évoque Gilles Deleuze et la pensée queer.

§B7- Une personne de la salle estime que ceux qui parlent de communautarisme musulman ne connaissent rien à l'Islam. Une autre personne rappelle que dès les débuts de la colonisation, dans les années 1880, un débat sur les "tribus" est né qui préfigurait l'actuel débat sur le communautarisme. Une autre personne rappelle que la religion peut avoir une place légitime dans la construction de la démocratie et évoque en ce sens le mouvement démocrate-chrétien. Une autre personne souhaite que les populations d'origine arabe puissent bénéficier d'un symbole de fierté équivalent à la Gay Pride ! Le débat sur l'autorisation du port du foulard dans les écoles publiques n'est pas tranché : Faut-il l'interdire (quelques personnes dans la salle)... au risque de favoriser le développement d'un enseignement confessionnel financé par les monarchies intégristes du Golfe ? Faut-il l'autoriser (Mouloud Aounit)... au risque de laisser s'accentuer les pressions exercées sur les jeunes filles qui refusent de le porter ?

§B8- David Auerbach estime que les personnes LGBT constituent elles aussi une minorité qui transcende les minorités ; il rappelle notamment la condition des personnes LGBT dans les banlieues et au sein des populations d'origine maghrébine : les pédés morflent partout, y compris chez ceux qui morflent déjà ! Afin de faire avancer leurs droits, il appelle les élu-e-s municipaux à ne pas hésiter à marier des couples de même sexe ! Si la jurisprudence administrative s'y oppose, rien dans le droit positif ne s'y oppose...


Position incidente... sur le "communautarisme" LGBT
"Considérations..." de la Congrégation pour la doctrine de la foi
Neuf réactions aux "Considérations..."

Angelot_Happening_Metz

Happening de Couleurs Gaies, CGL de Metz
- 30 août 2003 -
© 2003, Couleurs Gaies

>Agenda 8R<

Mis en ligne le 22 août 2003. Mis à jour le 24 septembre 2003


INTER CENTRES LGBT - Alliance des Centres lesbiens, gais, bi & trans de France et de leurs Membres associés
F
ondée le 12 décembre 1998
contact@inter-centres-lgbt.org - http://inter-centres-lgbt.org/
c/o CGL Paris, 3, rue Keller, BP 255, 75524 Paris CEDEX 11 - Télécopie : 01 43 57 27 93
Dix Membres titulaires : Arc-en-ciel 31 (Centre LGBT Toulouse) (anciennement MdH), CGL Nîmes, CGL Paris, CGL Rennes, Couleurs Gaies - Centre LGBT de Moselle (Metz), Ex Æquo (Centre LGBT Reims), FGL Lyon, J'En Suis, J'Y Reste (CGL Lille), Quazar (Centre LGBT Angers) et Reims Liberté Gaie (Centre LGBT Reims)
Vingt-et-un Membres associés : Alter Égaux (Nancy), ARIS (Lyon), CIGaLes (Dijon), C.I.GA.LE. (Grenoble), les Enfants terribles (Caen), le Groupe Action gay et lesbien Loiret (Orléans) et HOMogênE (Le Mans) (Associations affinitaires),
Mimi (Nice), Siegfried des anciens Enfants terribles (Cherbourg), François Garrido de l'ancienne Maison de l'homosocialité de Bordeaux, Pascal de l'ancien CGL Marseille Provence et Bernadette de l'ancienne Maison des homosexualités de Touraine (Correspondants locaux),
Agayri Sud-Est (Romans-s/-Isère), l'Aisne Gaie (Soissons), Arc-en-ciel 28 (Chartres), Comme ça ! (Rouen), GayKitschCamp (Lille), Gay-Union (La Réunion), Homosphère (Troyes), Magazine homo de Toulouse (anciennement Maison des homosocialités de Toulouse [MH]) et Mémoire des sexualités (Marseille) (Observateurs)
Membres d'honneur : François Garrido, ancien Président de l'ancienne Maison de l'homosocialité de Bordeaux, Pascal, ancien Secrétaire de l'ancien CGL Marseille Provence, et Jacky, ancien Président du CLG Nantes
Liste à jour au 13 juillet 2003
UNIR LES FORCES MILITANTES, PARTAGER LES EXPÉRIENCES
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