MÉMOIRE

Comment agir demain si nous ne gardons mémoire de ce que nous avons fait hier ?

Sur la base de ce principe, cette rubrique propose de conserver certains éléments de mémoire qui constituent une part de notre patrimoine :

Trois Centres LGBT ont disparu depuis la création de l'INTER CENTRES LGBT :

Un Membre associé, Association affinitaire a disparu depuis la création de l'INTER CENTRES LGBT :

Le présent site offre aux Membres de l'INTER CENTRES LGBT cet espace pour conserver et sauvegarder la mémoire de leurs sites Internet désaffectés, sous réserve qu'ils conservent la pleine responsabilité juridique des éléments contenus dans ces sites :

Au-delà des organisations ou des sites disparus, certaines disparitions humaines nous concernent particulièrement :

31 janvier 2003 (Reims, 51 - Marne) : Gérard Bach-Ignasse, 51 ans, juriste, décède d'une crise cardiaque. Il cherchait à adapter le droit aux moeurs des hommes au lieu de tordre les moeurs des hommes pour qu'elles s'adaptent à un droit désincarné. De la dépénalisation de l'homosexualité dont il fut l'un des artisans à la reconnaissance du couple homosexuel, le mouvement LGBT lui doit beaucoup.
Gérard Ignasse milite dans les années 70 à l'extrême gauche, au PSU, dans le courant de la Gauche ouvrière et paysanne (GOP), aux côtés de l'historien Marc Heurgon, de l'anthropologue Emmanuel Terray et d'Alain Lipietz. Il écrit sous le pseudonyme de Gérard Bach : passionné le Jean-Sébastien Bach, l'organiste "Mao" joue aux messes du dimanche matin ! A la fin des années 70, Gérard Ignasse se consacre à l'animation des mouvements sociaux et syndicaux et participe à la revue "Partis pris", avec Alain Lipietz. En 1978, à l'université de Nanterre, il crée le comité homosexuel de l'Ouest parisien (CHOP). En 1979, il participe au lancement du Comité d'urgence anti-répression homosexuelle (Cuarh), qui milite en particulier pour la suppression de la discrimination pénale à l'encontre des homosexuels : l'article 331, alinéa 2, du code pénal - supprimé en 1982 - rendait délictueux tout acte sexuel avec un mineur de même sexe, alors que les relations hétérosexuelles entre un adulte et un mineur de plus de quinze ans n'était pas réprimées. Il est l'un des organisateurs de la première marche nationale homosexuelle, le 4 avril 1981, et participe au lancement du journal "Homophonie". Il a également mené des travaux sur l'islam et codirigé, avec Emmanuel Wallon, "Demain l'Algérie" (Syros, 1995). Il en a assurément été le théoricien au sein du collectif "Pacs et cetera", pendant que Jan-Paul Pouliquen assurait la stratégie et Denis Quinqueton l'intendance. C'est lui qui a compris la nécessité d'inscrire le mouvement homosexuel dans une démarche politique, d'entrisme s'il le fallait, en s'appuyant sur des alliés chevènementistes puis socialistes.
Sensible aux liens de solidarités, au delà de la filiation génétique, Gérard Ignasse imagine un contrat liant un couple ou deux personnes désirant s'épauler. L'aventure démarre en 1991 avec le Collectif pour le contrat d'union civile, qu'il anime avec Jan-Paul Pouliquen et Denis Quinqueton. En 1998, un an après le retour de la gauche au pouvoir, le CUC devient finalement la proposition de loi sur le pacs, défendue par les députés Jean-Pierre Michel (MDC) et Patrick Bloche (PS). Depuis les comités de soldat des années 70, le CUARH (Comité d'urgence anti-répression homosexuelle) du début des années 80 jusqu'au Collectif pour le contrat d'union civile né au début des années 90, Gérard Bach-Ignasse s'attacha à inscrire le mouvement social LGBT dans une démarche politique. Il joua un rôle décisif pour que l'homosexualité passe du Code pénal au Code civil avec l'abolition de l'article 331-2 du premier et l'inscription du PaCS dans le second. Avec Jan-Paul Pouliquen et Denis Quinqueton, Gérard Bach-Ignasse a contribué pour une large part à donner un contenu à cette loi dont bénéficient aujourd'hui plus de 130.000 personnes : la justesse de son analyse, la précision de ses arguments mais aussi son naturel enthousiasme en faisaient un débatteur hors pair. C'est à lui que l'on doit ce sigle qui renvoie à la "pax", la paix, proposition paradoxale dans le climat d'alors, tendu, parfois haineux et toujours polémique. Le député de Paris Patrick Bloche le rappelait à la tribune de l'Assemblée nationale lors du premier débat sur le PaCS du 9 octobre 1998 : "Le texte qui vous est soumis est issu d'une revendication exprimée par les associations homosexuelles et les associations de lutte contre le sida dans les années 1990, à une époque où la maladie était beaucoup plus meurtrière qu'aujourd'hui. Il s'agissait alors de trouver des solutions aux problèmes concrets que rencontraient les couples homosexuels au décès de l'un de ses membres et de reconnaître le couple homosexuel. Un groupe de travail animé par MM. Pouliquen et Bach-Ignasse, militants inlassables, a alors soumis à quelques députés une première proposition de loi, déposée en 1992."
Maître de conférences à la Faculté de Droit et Sciences politiques de Reims Champagne-Ardenne, Gérard Bach-Ignasse avait créé l'Observatoire des moeurs puis le DESS "Conseiller(e), médiateur(e) : genres et sexualités", premières "gay studies" à la française, auquel participent notamment le sociologue Daniel Welzer-Lang et la chercheuse au CNRS Janine Mossuz-Lavau. Très récemment, on lui contestait ces institutions qu'il justifiait dans ces termes : "Depuis quelques années, les questions de genre et de sexe prennent une importance de plus en plus grande, non seulement sur la scène politique, comme en témoignent les débats sur la parité et le PaCS, mais aussi dans la vie quotidienne et le fonctionnement des administrations, de la justice, des entreprises et des associations. La conception des droits de l'homme, qui implique une meilleure reconnaissance de l'égalité entre les hommes et les femmes et de la diversité des sexualités et des modes de vie, doit aussi trouver sa traduction dans la formation universitaire."
Dernièrement, il pestait contre ceux qui, aujourd'hui par des mesures diverses, variées et nombreuses montent les habitants de notre pays les uns contre les autres en stigmatisant leurs caractéristiques, tout aussi diverses, variées et nombreuses. Militant infatigable, il était aussi un formidable bon vivant qui créa les Gais Gourmets mystiques pour le plaisir de la chère, de la chaire... et de la chair. Le collectif Pacs, et cætera, dont il était membre, salue la mémoire d'un "empêcheur de penser en rond" et l'Inter-LGBT, d'un "intellectuel engagé autant que militant de terrain". HES rappelle "son goût assumé des bonnes choses".

Souvenez-vous.

Mis en ligne le 9 février 2003

13 septembre 2002 (Reims, 51 - Marne) : François Chenu, 30 ans, domicilié à Charleville-Mézières (08 - Ardennes), gérant d'un restaurant McDonald's à Sedan (08), est assassiné dans la nuit du vendredi 13 au samedi 14 septembre au parc Léo-Lagrange de Reims, lieu de drague gai. Violemment frappé, jeté à l'eau, il se défend courageusement et provoque ainsi un redoublement de la violence de ses agresseurs qui l'achèvent à coups de pieds au visage. Un promeneur retrouve son corps défiguré, baignant dans l'eau, le dimanche 15 septembre au petit matin.
Le 23 octobre, Michael Regnier (20 ans, militaire), Fabien Lavenus (23 ans) et Franck (16 ans), habitants de Bazancourt (51), sont mis en examen et écroués pour assassinat. Baignant dans une sous-culture néo-nazie, proches du MNR (Mouvement national républicain de Bruno Mégret, extrême-droite), il avaient pour habitude "de casser de l'arabe ou du pédé" . Ils avaient dérobés la Carte bleue, le téléphone portable et le portefeuille de François. Les parents de Franck, chez qui le trio s'était retrouvé pour célébrer ses faits d'arme, avaient brûlé le portefeuille et utilisé le téléphone : ils ont également été mis en examen et écroués pour destruction de preuves et recel.
  Photo Lagrange - DR
Parc Léo-Lagrange, Reims
© Michael D. Ketter, 1996, http://www.geocities.com/
TheTropics/Cabana/
8118/Reims7.html

Cette mort aurait pu être évitée. Le 12 septembre 2001 déjà, un an avant, l'association Reims Liberté Gaie avait attiré l'attention du Maire de Reims sur l'insécurité régnant dans ce lieu de drague. Deux jeunes gens armés de haches et de couteaux avaient notamment été arrêtés aux abords du parc où ils voulaient"manger" et "casser du pédé". Par ailleurs, les deux personnes majeures arrêtées seraient des proches de l'assassin de Brahim Bouraam, tué à Paris le 1er mai 1995.

Souvenez-vous.

Mis en ligne le 10 novembre 2002

  • Sources :
  • Allons-y gayment !, journal de l'association Reims Liberté Gaie, mai/juin 2002, n°10, p.2, http://rlg51.free.fr/journal/10/page2.htm ;
  • Le Monde, Paris, 25 octobre 2002, p.12, Piotr Smolar ;
  • Illico, Paris, 14 novembre 2002, p.18, Jean-François Laforgerie.

5 septembre 2002 : François Delor met fin à ses jours. Ce psychanalyste et sociologue belge était l'un des militants les plus originaux et des plus brillants de la lutte contre le sida et pour la reconnaissance des homosexuel-le-s. Fondateur de l'association belge Ex-Aequo de prévention du sida et de l'Observatoire du suicide des jeunes, Président du Comité consultatif belge de prévention du sida et Directeur de l'Observatoire socio-épidémiologique du sida et des sexualités, François Delor occupait une place déterminante dans le monde associatif belge. En France, les Universités d'Eté Euroméditerranéennes des Homosexualités lui offraient depuis deux ans la tribune qu'il méritait. Esprit résolument libre, François émerveillait par l'intelligence de sa parole lumineuse et la pertinence de ses analyses. Ne renonçant jamais ni à la pédagogie ni à la rigueur, il développait avec bonheur et humour les principes d'une émancipation et de l'acceptation de soi. Il offrait ainsi aux militant-e-s des outils et des armes pour lutter contre tous les carcans et toutes les normes, pour dépasser les classifications hâtives et les identités définitives. Auteur de « Séropositifs, trajectoires identitaires et rencontre du risque » (L'Harmattan, 1998), il préparait un ouvrage très attendu sous le titre « Pour en finir avec l'homosexualité ».

Souvenez-vous.

Mis en ligne le 10 novembre 2002

1er mai 1995 (Paris Ier, 75) : Brahim Bouraam, Marocain de 29 ans, père de deux enfants, est tabassé puis jeté à la Seine sous le pont du Carrousel par quatre militants skinheads du Front national, en marge du cortège du Front national du 1er mai, sur "Tata Beach" (le quai des Tuileries), lieu de drague gai. Ces skins étaient venus de Reims à bord d'un bus affrété par le parti de Jean-Marie Le Pen. David Halbin (27 ans), Christophe Calame (26 ans) et David Parent (19 ans) regardent Brahim Bouraam, poussé par Michaël Fréminet (22 ans), disparaître dans la Seine en crue. Ils le regardent se débattre dans le courant. L'aperçoivent une première fois, puis une deuxième, avant que son corps ne disparaisse dans l'eau glacée. Ils n'ont pas esquissé un geste. Pas même prévenu les secours pourtant tout proches. En courant, ils rejoignent la queue du cortège où ils se fondent, skinheads parmi les skinheads.
  Photo Carroussel - DR
Pont du Carroussel, Paris
© Nicolas Janberg, 2000, http://www.structurae.de/en/photos/img734.php
Le 17 octobre 1961, à quelques mètres, des policiers français dirigés par un certain Maurice Papon jetaient déjà des Algériens à la Seine... Le 3 mai 1995, durant ses derniers jours de mandat, le président François Mitterrand se rend sous le pont du Carroussel et jette une rose à la Seine : ce dernier geste fort de son second septennat apparaît à beaucoup comme l'ultime et émouvant hommage d'un vieillard mourant à des populations discriminées ; d'autres y voient un dédouanement à peu de frais pour ce qu'ils analysent comme le silence, voire les errances, de François Mitterrand sur le Front national et sur ses relations avec René Bousquet.
Le procès des quatre assassins présumés de Brahim Bouraam s'ouvre le 7 mai 1998 devant la Cour d'assises de Paris. Ils affirment être déjà venus en 1994 pour "casser du pédé" sur ce quai de Seine. Certains étaient encartés au FN (Front national de Jean-Marie Le Pen), d'autres à l'Oeuvre française de Pierre Sidos, un mouvement de jeunesse proche du GUD. Me Solange Doumic défend Mickaël Fréminet en affirmant qu'il ne sait pas nager et que n'étant "jamais allé au bord de la mer", il n'a pas pu non plus se rendre compte "de la froideur de l'eau : il ne pouvait pas être sûr que Brahim Bouraam allait mourir". Il n'est pas "raciste", "en tout cas pas d'un racisme intellectualisé, pensé". Le 16 mai 1998, Mickaël Fréminet, seul accusé de meurtre, est condamné pour meurtre à huit ans de prison ; Christophe Calame et David Parent sont condamnés pour non-assistance à personne en danger à cinq ans de prison dont quatre avec sursis ; David Halbin est condamné pour non-assistance à personne en danger à un an de prison.
Ce meurtre a répondu à un double mobile raciste et homophobe, ce dernier ayant été occulté, notamment, par certaines associations antiracistes, comme s'il était insultant pour un Arabe de constater son identité gaie ou bi. Fodé Sylla, président de SOS Racisme, aurait déclaré : "N'écoutez pas les bruits de chiottes que répand la Préfecture. Prétendre que Brahim Bouraam se trouvait avec des pédés c'est salir sa mémoire. Cette histoire c'est vraiment dégueulasse." Pourtant, en l'espèce, peu importe de savoir quelle était le positionnement intime de Brahim Bouraam : ce qui est important est le mobile des criminels qui ont entendu faire d'une pierre deux coups en visant une personne qu'ils considéraient, à tort ou à raison, comme Arabe et gai.

Souvenez-vous.

Mis en ligne le 10 novembre 2002



INTER CENTRES LGBT - contact@inter-centres-lgbt.org - http://inter-centres-lgbt.org/
Alliance des Centres lesbiens, gais, bi & trans de France
Fondée le 12 décembre 1998 par Pascal
Neuf Membres titulaires : CGL Nîmes, CGL Paris, CGL Rennes, CLG Nantes, Couleurs Gaies - Centre LGBT de Moselle (Metz), Forum gai et lesbien de Lyon, J'En Suis, J'Y Reste (CGL Lille), Maison de l'homosocialité de Bordeaux, Quazar (Angers)
Dix-sept Membres associés : ARIS - Accueil Rencontres Informations Services (Lyon), CIGaLes (Dijon), C.I.GA.LE. (Grenoble), Enfants terribles (Caen), Ex Æquo (Reims), GayKitschCamp (Lille), Groupe Action gay et lesbien Loiret (Orléans), HOMogênE (Le Mans), Maison des homosexualités de Toulouse (MdH), Maison des homosocialités de Toulouse (MH) (GELEM - Gais et lesbiennes en marche), Reims Liberté Gaie et Tonic's (Angers) (Associations affinitaires),
Pascal de l'ancien CGL Marseille Provence, Siegfried  des anciens Enfants terribles (Cherbourg) et Bernadette  de l'ancienne Maison des homosexualités de Touraine (Correspondants locaux),
Comme ça ! (Rouen) et Mémoire des sexualités (Marseille) (Observateurs)
Liste à jour au 15 décembre 2002
UNIR LES FORCES MILITANTES, PARTAGER LES EXPÉRIENCES
© INTER CENTRES LGBT - Merci de consulter les informations légales relatives à l'utilisation des données du présent site Internet.