MÉMOIRE
Comment agir demain si nous ne gardons mémoire de ce que nous avons fait hier ?
Sur la base de ce principe, cette rubrique propose de conserver certains éléments de mémoire qui constituent une part de notre patrimoine :
Trois Centres LGBT ont disparu depuis la création de l'INTER CENTRES LGBT :
Un Membre associé, Association affinitaire a disparu depuis la création de l'INTER CENTRES LGBT :
Le présent site offre aux Membres de l'INTER CENTRES LGBT cet espace pour conserver et sauvegarder la mémoire de leurs sites Internet désaffectés, sous réserve qu'ils conservent la pleine responsabilité juridique des éléments contenus dans ces sites :
© Enfants terribles de Caen, 29 juin 1998 - 24 mars 2001),
ainsi que leur second site, ancienne adresse URL http://www.geocities.com/letlesite/
(© Enfants terribles de Caen, 27 janvier 2002 - 14 novembre
2002). Sites déposés le 15 novembre 2002.
Au-delà des organisations ou des sites disparus, certaines disparitions humaines nous concernent particulièrement :
31 janvier 2003 (Reims, 51 - Marne) : Gérard
Bach-Ignasse, 51 ans, juriste, décède d'une crise cardiaque. Il
cherchait à adapter le droit aux moeurs des hommes au lieu de tordre
les moeurs des hommes pour qu'elles s'adaptent à un droit désincarné.
De la dépénalisation de l'homosexualité dont il fut l'un
des artisans à la reconnaissance du couple homosexuel, le mouvement LGBT
lui doit beaucoup.
Gérard Ignasse milite dans les années 70 à l'extrême
gauche, au PSU, dans le courant de la Gauche ouvrière et paysanne (GOP),
aux côtés de l'historien Marc Heurgon, de l'anthropologue Emmanuel
Terray et d'Alain Lipietz. Il écrit sous le pseudonyme de Gérard
Bach : passionné le Jean-Sébastien Bach, l'organiste "Mao"
joue aux messes du dimanche matin ! A la fin des années 70, Gérard
Ignasse se consacre à l'animation des mouvements sociaux et syndicaux
et participe à la revue "Partis pris", avec Alain Lipietz.
En 1978, à l'université de Nanterre, il crée le comité
homosexuel de l'Ouest parisien (CHOP). En 1979, il participe au lancement du
Comité d'urgence anti-répression homosexuelle (Cuarh), qui milite
en particulier pour la suppression de la discrimination pénale à
l'encontre des homosexuels : l'article 331, alinéa 2, du code pénal
- supprimé en 1982 - rendait délictueux tout acte sexuel avec
un mineur de même sexe, alors que les relations hétérosexuelles
entre un adulte et un mineur de plus de quinze ans n'était pas réprimées.
Il est l'un des organisateurs de la première marche nationale homosexuelle,
le 4 avril 1981, et participe au lancement du journal "Homophonie".
Il a également mené des travaux sur l'islam et codirigé,
avec Emmanuel Wallon, "Demain l'Algérie" (Syros, 1995). Il
en a assurément été le théoricien au sein du collectif
"Pacs et cetera", pendant que Jan-Paul Pouliquen assurait la stratégie
et Denis Quinqueton l'intendance. C'est lui qui a compris la nécessité
d'inscrire le mouvement homosexuel dans une démarche politique, d'entrisme
s'il le fallait, en s'appuyant sur des alliés chevènementistes
puis socialistes.
Sensible aux liens de solidarités, au delà de la filiation génétique,
Gérard Ignasse imagine un contrat liant un couple ou deux personnes désirant
s'épauler. L'aventure démarre en 1991 avec le Collectif pour le
contrat d'union civile, qu'il anime avec Jan-Paul Pouliquen et Denis Quinqueton.
En 1998, un an après le retour de la gauche au pouvoir, le CUC devient
finalement la proposition de loi sur le pacs, défendue par les députés
Jean-Pierre Michel (MDC) et Patrick Bloche (PS). Depuis les comités de
soldat des années 70, le CUARH (Comité d'urgence anti-répression
homosexuelle) du début des années 80 jusqu'au Collectif pour le
contrat d'union civile né au début des années 90, Gérard
Bach-Ignasse s'attacha à inscrire le mouvement social LGBT dans une démarche
politique. Il joua un rôle décisif pour que l'homosexualité
passe du Code pénal au Code civil avec l'abolition de l'article 331-2
du premier et l'inscription du PaCS dans le second. Avec Jan-Paul Pouliquen
et Denis Quinqueton, Gérard Bach-Ignasse a contribué pour une
large part à donner un contenu à cette loi dont bénéficient
aujourd'hui plus de 130.000 personnes : la justesse de son analyse, la
précision de ses arguments mais aussi son naturel enthousiasme en faisaient
un débatteur hors pair. C'est à lui que l'on doit ce sigle qui
renvoie à la "pax", la paix, proposition paradoxale dans le
climat d'alors, tendu, parfois haineux et toujours polémique. Le député
de Paris Patrick Bloche le rappelait à la tribune de l'Assemblée
nationale lors du premier débat sur le PaCS du 9 octobre 1998 :
"Le texte qui vous est soumis est issu d'une revendication exprimée
par les associations homosexuelles et les associations de lutte contre le sida
dans les années 1990, à une époque où la maladie
était beaucoup plus meurtrière qu'aujourd'hui. Il s'agissait alors
de trouver des solutions aux problèmes concrets que rencontraient les
couples homosexuels au décès de l'un de ses membres et de reconnaître
le couple homosexuel. Un groupe de travail animé par MM. Pouliquen et
Bach-Ignasse, militants inlassables, a alors soumis à quelques députés
une première proposition de loi, déposée en 1992."
Maître de conférences à la Faculté de Droit et Sciences
politiques de Reims Champagne-Ardenne, Gérard Bach-Ignasse avait créé
l'Observatoire des moeurs puis le DESS "Conseiller(e), médiateur(e) :
genres et sexualités", premières "gay studies"
à la française, auquel participent notamment le sociologue Daniel
Welzer-Lang et la chercheuse au CNRS Janine Mossuz-Lavau. Très récemment,
on lui contestait ces institutions qu'il justifiait dans ces termes : "Depuis
quelques années, les questions de genre et de sexe prennent une importance
de plus en plus grande, non seulement sur la scène politique, comme en
témoignent les débats sur la parité et le PaCS, mais aussi
dans la vie quotidienne et le fonctionnement des administrations, de la justice,
des entreprises et des associations. La conception des droits de l'homme, qui
implique une meilleure reconnaissance de l'égalité entre les hommes
et les femmes et de la diversité des sexualités et des modes de
vie, doit aussi trouver sa traduction dans la formation universitaire."
Dernièrement, il pestait contre ceux qui, aujourd'hui par des mesures
diverses, variées et nombreuses montent les habitants de notre pays les
uns contre les autres en stigmatisant leurs caractéristiques, tout aussi
diverses, variées et nombreuses. Militant infatigable, il était
aussi un formidable bon vivant qui créa les Gais Gourmets mystiques pour
le plaisir de la chère, de la chaire... et de la chair. Le collectif
Pacs, et cætera,
dont il était membre, salue la mémoire d'un "empêcheur
de penser en rond" et l'Inter-LGBT, d'un "intellectuel engagé
autant que militant de terrain". HES rappelle "son goût assumé
des bonnes choses".
Souvenez-vous.
Mis en ligne le 9 février 2003
13 septembre 2002 (Reims,
51 - Marne) : François Chenu, 30 ans, domicilié à
Charleville-Mézières (08 - Ardennes), gérant d'un
restaurant McDonald's à Sedan (08), est assassiné dans la
nuit du vendredi 13 au samedi 14 septembre au parc Léo-Lagrange
de Reims, lieu de drague gai. Violemment frappé, jeté
à l'eau, il se défend courageusement et provoque ainsi un
redoublement de la violence de ses agresseurs qui l'achèvent à
coups de pieds au visage. Un promeneur retrouve son corps défiguré,
baignant dans l'eau, le dimanche 15 septembre au petit matin. Le 23 octobre, Michael Regnier (20 ans, militaire), Fabien Lavenus (23 ans) et Franck (16 ans), habitants de Bazancourt (51), sont mis en examen et écroués pour assassinat. Baignant dans une sous-culture néo-nazie, proches du MNR (Mouvement national républicain de Bruno Mégret, extrême-droite), il avaient pour habitude "de casser de l'arabe ou du pédé" . Ils avaient dérobés la Carte bleue, le téléphone portable et le portefeuille de François. Les parents de Franck, chez qui le trio s'était retrouvé pour célébrer ses faits d'arme, avaient brûlé le portefeuille et utilisé le téléphone : ils ont également été mis en examen et écroués pour destruction de preuves et recel. |
![]() Parc Léo-Lagrange, Reims © Michael D. Ketter, 1996, http://www.geocities.com/ TheTropics/Cabana/ 8118/Reims7.html |
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Cette mort aurait pu être évitée. Le 12 septembre 2001 déjà, un an avant, l'association Reims Liberté Gaie avait attiré l'attention du Maire de Reims sur l'insécurité régnant dans ce lieu de drague. Deux jeunes gens armés de haches et de couteaux avaient notamment été arrêtés aux abords du parc où ils voulaient"manger" et "casser du pédé". Par ailleurs, les deux personnes majeures arrêtées seraient des proches de l'assassin de Brahim Bouraam, tué à Paris le 1er mai 1995. Souvenez-vous. Mis en ligne le 10 novembre 2002
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5 septembre 2002 : François Delor met
fin à ses jours. Ce psychanalyste et sociologue belge était l'un
des militants les plus originaux et des plus brillants de la lutte contre le
sida et pour la reconnaissance des homosexuel-le-s. Fondateur de l'association
belge Ex-Aequo de prévention du sida et de l'Observatoire du suicide
des jeunes, Président du Comité consultatif belge de prévention
du sida et Directeur de l'Observatoire socio-épidémiologique du
sida et des sexualités, François Delor occupait une place déterminante
dans le monde associatif belge. En France, les Universités d'Eté
Euroméditerranéennes des Homosexualités lui offraient depuis
deux ans la tribune qu'il méritait. Esprit résolument libre, François
émerveillait par l'intelligence de sa parole lumineuse et la pertinence
de ses analyses. Ne renonçant jamais ni à la pédagogie
ni à la rigueur, il développait avec bonheur et humour les principes
d'une émancipation et de l'acceptation de soi. Il offrait ainsi aux militant-e-s
des outils et des armes pour lutter contre tous les carcans et toutes les normes,
pour dépasser les classifications hâtives et les identités
définitives. Auteur de « Séropositifs, trajectoires identitaires
et rencontre du risque » (L'Harmattan, 1998), il préparait un ouvrage
très attendu sous le titre « Pour en finir avec l'homosexualité
».
Souvenez-vous.
Mis en ligne le 10 novembre 2002
1er mai 1995 (Paris Ier, 75) :
Brahim Bouraam, Marocain de 29 ans, père de deux enfants, est tabassé
puis jeté à la Seine sous le pont du Carrousel par quatre
militants skinheads du Front national, en marge du cortège du Front
national du 1er mai, sur "Tata Beach" (le quai des Tuileries),
lieu de drague gai. Ces skins étaient venus de Reims à
bord d'un bus affrété par le parti de Jean-Marie Le Pen.
David Halbin (27 ans), Christophe Calame (26 ans) et David Parent (19
ans) regardent Brahim Bouraam, poussé par Michaël Fréminet
(22 ans), disparaître dans la Seine en crue. Ils le regardent se
débattre dans le courant. L'aperçoivent une première
fois, puis une deuxième, avant que son corps ne disparaisse dans
l'eau glacée. Ils n'ont pas esquissé un geste. Pas même
prévenu les secours pourtant tout proches. En courant, ils rejoignent
la queue du cortège où ils se fondent, skinheads parmi les
skinheads. |
![]() Pont du Carroussel, Paris © Nicolas Janberg, 2000, http://www.structurae.de/en/photos/img734.php |
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Le 17 octobre 1961, à quelques
mètres, des policiers français dirigés par un certain
Maurice Papon jetaient déjà des Algériens à
la Seine... Le 3 mai 1995, durant ses derniers jours de mandat, le président
François Mitterrand se rend sous le pont du Carroussel et jette
une rose à la Seine : ce dernier geste fort de son second
septennat apparaît à beaucoup comme l'ultime et émouvant
hommage d'un vieillard mourant à des populations discriminées ;
d'autres y voient un dédouanement à peu de frais pour ce
qu'ils analysent comme le silence, voire les errances, de François
Mitterrand sur le Front national et sur ses relations avec René
Bousquet. Le procès des quatre assassins présumés de Brahim Bouraam s'ouvre le 7 mai 1998 devant la Cour d'assises de Paris. Ils affirment être déjà venus en 1994 pour "casser du pédé" sur ce quai de Seine. Certains étaient encartés au FN (Front national de Jean-Marie Le Pen), d'autres à l'Oeuvre française de Pierre Sidos, un mouvement de jeunesse proche du GUD. Me Solange Doumic défend Mickaël Fréminet en affirmant qu'il ne sait pas nager et que n'étant "jamais allé au bord de la mer", il n'a pas pu non plus se rendre compte "de la froideur de l'eau : il ne pouvait pas être sûr que Brahim Bouraam allait mourir". Il n'est pas "raciste", "en tout cas pas d'un racisme intellectualisé, pensé". Le 16 mai 1998, Mickaël Fréminet, seul accusé de meurtre, est condamné pour meurtre à huit ans de prison ; Christophe Calame et David Parent sont condamnés pour non-assistance à personne en danger à cinq ans de prison dont quatre avec sursis ; David Halbin est condamné pour non-assistance à personne en danger à un an de prison. Ce meurtre a répondu à un double mobile raciste et homophobe, ce dernier ayant été occulté, notamment, par certaines associations antiracistes, comme s'il était insultant pour un Arabe de constater son identité gaie ou bi. Fodé Sylla, président de SOS Racisme, aurait déclaré : "N'écoutez pas les bruits de chiottes que répand la Préfecture. Prétendre que Brahim Bouraam se trouvait avec des pédés c'est salir sa mémoire. Cette histoire c'est vraiment dégueulasse." Pourtant, en l'espèce, peu importe de savoir quelle était le positionnement intime de Brahim Bouraam : ce qui est important est le mobile des criminels qui ont entendu faire d'une pierre deux coups en visant une personne qu'ils considéraient, à tort ou à raison, comme Arabe et gai. |
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Mis en ligne le 10 novembre 2002
INTER CENTRES LGBT - contact@inter-centres-lgbt.org
- http://inter-centres-lgbt.org/
Alliance des Centres lesbiens, gais, bi & trans de France
Fondée le 12 décembre 1998 par Pascal
Neuf Membres titulaires : CGL Nîmes, CGL Paris,
CGL Rennes, CLG Nantes, Couleurs Gaies - Centre LGBT de Moselle (Metz),
Forum gai et lesbien de Lyon, J'En Suis, J'Y Reste (CGL Lille),
Maison de l'homosocialité de Bordeaux,
Quazar (Angers)
Dix-sept Membres associés : ARIS - Accueil Rencontres Informations Services (Lyon),
CIGaLes (Dijon), C.I.GA.LE. (Grenoble), Enfants terribles (Caen),
Ex Æquo (Reims), GayKitschCamp (Lille), Groupe Action gay et lesbien Loiret (Orléans),
HOMogênE (Le Mans), Maison des homosexualités de Toulouse (MdH),
Maison des homosocialités de Toulouse (MH) (GELEM - Gais et lesbiennes en marche),
Reims Liberté Gaie et Tonic's (Angers) (Associations affinitaires),
Pascal de l'ancien CGL Marseille Provence,
Siegfried des anciens Enfants terribles (Cherbourg)
et Bernadette de l'ancienne Maison des homosexualités de Touraine
(Correspondants locaux),
Comme ça ! (Rouen) et Mémoire des sexualités (Marseille)
(Observateurs)
Liste à jour au 15 décembre 2002
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